Khmers rouges (2/2) : quels impacts aujourd'hui ?

Publié le par Mathilde

Quels impacts dans la vie des cambodgiens aujourd'hui ?


Claire et les enfantsC'est une chose qui n'est pas facile a evaluer quand on passe seulement quelques jours dans le pays "en vacances". Mais heureusement, Claire, notre hote a Phnom Penh nous a permis de mieux comprendre les difficultes quotidiennes que ce lourd passe pouvait trainer avec lui. Claire travaille pour Handicap International, elle vit au Cambodge depuis 4 ans, parle tres bien Khmer et travaille avec les cambodgiens au quotidien. Voici en ordre decousu, quelques histoires et anecdotes qu'elle nous a conte, ou encore quelques temoignanges recueillis au fil de nos lectures.

La generation sacrifiee
Les adultes d’aujourd’hui, ceux qui ont entre 30 et 40 ans et qui elevent leurs enfants sont ceux aussi qui etaient dans les camps d’education des Khmers rouges. Ce sont ceux qui ont perdu de nombreux membres de leur famille, ceux qui etaient les plus jeunes sous le regime. Generation en perte de reperes, appellee la “generation sacrifiee”, le present pour certain est charge de culpabilite, comme c’est le cas pour Bura.

Agee d’une dizaine d’annee pendant cette periode, elle fut transferee comme beaucoup d’enfants de son age dans un camp specifique. Ses parents etaient retenus dans un  camp annexe, un peu plus loin. Pour cette petite fille, la tentation etait grande de les rejoindre. C’est ce qu’elle faisait a la nuit tombee, elle allait dormir avec eux. Au petit matin, elle etait souvent reprimande par les gardes qui la renvoyaient dans le camp pour enfants. Le manege dura quelques temps jusqu’au soir ou elle ne trouva pas ses parents. Elle apprit qu’ils avaient ete deportes dans un autre camp. Elle ne les revit jamais.

Cette petite fille, adulte aujourd’hui, ne peut faire autrement que de se repprocher la mort de ses parents. Elle s’imagine que les gardes en ont eu marre de la reveiller tous les matins, qu’ils prenanient peut etre trop de risques et que c’est pour cela qu’ils ont deplace ses parents…que c’est a cause d’elle qu’ils sont morts. Cette meme jeune fille, livree a elle-meme, a decide de saisir une opportunite et de fuir vers les camps de refugies a la frontiere Thailandaise. Elle demanda a sa petite soeur qui avait alors 3 ou 4 ans de venir avec elle. Mais celle-ci refusa. C’est seule que Bura partie sur les routes. Elle connut les camps de refugies et leurs conditions de vie extremement difficiles, puis se refugia en France, ou elle vit encore aujourd’hui. Lorsqu’elle revient au Cambodge pour rendre visite au reste de sa famille et a sa soeur, c’est toujours une epreuve douloureuse. Sa soeur lui repproche encore de ne pas l’avoir emmene avec elle. Mais a 13 ans, orpheline, qu’aurions-nous fait a sa place ?

Vivre ensemble
Dans les villages aujourd’hui, trois types de population vivent ensemble. La premiere, ce sont les personnes originaires du village. Celles qui sont la depuis des generations. La deuxieme, ce sont les citadins expulses des villes et qui meme apres la fin du regime, sont restes la, n’ayant plus rien ailleurs. Quelque fois, des membres de leurs familles les ont rejoint. Il ne faut pas oublier que cette deuxieme categorie etait montre du doigt par les Khmers rouges, incarnant tout ce qu’il y avait de pire. Une forte animosite a leur egard etait entretenue par le regime. Et puis, apres 1980, une troisieme categorie de personnes vint gonfler les villages, ceux qui avaient fui dans les camps de refugies et qui revenaient. Les deux premiers groupes en voulant souvent a ces derniers d’avoir fui. A cela, ajoutons la suspicion ambiante, le flou existant sur les actes des uns et des autres. Le regime incitait aussi a la delation. Des enfants etaient envoyes pour espionner leurs propres parents. A l’epoque on disait “mefiez-vous de votre femme et de vos enfants, surtout de votre femme et de vos enfants !”.


Les ames errantes
Pour les boudhistes, s’il n’y a pas d’incineration du corps, il n’y a pas de reincarnation de l’ame. A la souffrance des familles qui ont perdu des etres chers vient s’ajouter celle de l’errance de leurs ames… “A partir de 79, des qu’on creusait, partout dans le pays, on tombait sur des restes humains. Spontanement, les villageois qui trouvaient des ossements dans les rizieres les mettaient en vrac dans des boites de verre qu’ils deposaient dans une pagode voisine ou dans des stupas. Ils les ont conserves tels quels, sans les incinerer, car ils ne savaient pas qui ils etaient.”
“Quelle sepulture offrir aux victimes du Kampuchea democratique ? Les ossements exhumes des charniers ou ramasses le long des rizieres du royaume dans les annees qui ont suivi la chute du regime de Pol Pot doivent-ils etre incineres ou “exposes” aux yeux des vivants et des generations futures ?”

Bourreaux et victimes vivent cote a cote
“Pour nous, victimes, voir les bourreaux vivre paisiblement nous est tres penible. Cela ne signifie pas que nous souhaitons les voir souffrir autant que nous. Mais nous voulons qu’ils disent la verite, qu’ils reconnaissent avoir tue. Jusqu’a maintenant, aucun dirigeant ni aucun bourreau n’a presente d’excuses dignes de ce nom aux rescapes. Ils vivent sans soucis avec leur famille dans le meme village que leurs victimes. Je ne supporte pas de les rencontrer au hasard dans la rue par exemple. Les apercevoir me renvoie toujours a d’atroces souvenirs, a une peine infinie.” Vann Nath (un des 7 rescapes de Tuol Sleng)

30 ans apres, un proces devrait s’ouvrir
Ce n’est pas chose facile. Certains preferent oublier, d’autres voient une necessite de transmettre. Certaines personnes de la vie politique actuelle n’ont pas forcement interet a ce que ce proces ait lieu, et certains pays meme... S’ajoute a cela d’autres difficultes lies au tribunal international : Qui sera juge ?  Pour quel crime ? Pourquoi les juger ? Que risquent les accuses ? Qui portent plainte ? Qui va les juger ? Combien de temps vont durer les proces ? Ou se derouleront les audiences ?  Quelles sont les etapes du proces ? A quoi va servir l’argent ? (le budget du tribunal s’eleverait a 56,3 millions de dollars).
Le 21 juin 1997, le Cambodge demande a l’ONU son assistance en vue de la mise en place d’un proces des dirigeants Khmers rouges.
Le 30 mars 2005, Kofi Annan declarait au siege de l’ONU “je crois que nous pouvons commencer.”
Et la suite ? Seule l’histoire nous le dira…

Pour en savoir plus :
Films : “La dechirure” de Sam Waterston, “S21, la machine de mort khmere rouge” de Rithy Panh
Livres : “Cambodge annee zero” de Francois Ponchaud (ecrit en 1976), “Cambodge, le sourire baillonne” de Ly Heng (disponible sur le site d'Amazon), “ Au dela du ciel : 5 ans chez les Kmers rouges” de Laurence Picq, “D’abord ils ont tue mon pere” de Ung Loung, un hors-serie de Cambodge Soir  “ Khmers Rouges : 30 ans apres, a quoi peut servir le proces ?” que nous ramenons dans nos bagages. Demandez-le ! Mais il y a egalement plein d’autres ouvrages sur cette periode… Si vous en connaissez d'autres, n'hesitez pas a en faire part...
Internet : plein d'information y sont disponibles bien sur !

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Publié dans Asie

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